Origines

Genèse de la démocratie

La nais­sance de la démoc­ra­tie peut être con­sid­érée par rap­port à un hori­zon poli­tique au sens large du terme qui va ren­dre cette réforme pos­si­ble et néces­saire, une crise poli­tique et sociale totale, la sta­sis. Les citoyens qui régis­sent leurs affaires sont amenés à réfléchir au meilleur sys­tème poli­tique, à la meilleure politeia, c’est-à-dire la meilleure façon de s’organiser pour sur­mon­ter cette crise multiple.


(~640 / 558 av. J.-C.) Athènes est en pleine crise poli­tique et sociale lorsque les adver­saires se met­tent d’ac­cord pour choisir Solon comme arbi­tre. Archonte de ‑594 à ‑593, lég­is­la­teur, auteur d’un code de lois, il aurait effacé les dettes, inter­dit l’esclavage pour dettes et défait les lois dra­coni­ennes. Il a surtout effec­tué des réformes con­sti­tu­tion­nelles qui lui val­urent la répu­ta­tion d’être le père de la démocratie.


Les origines de la démocratie athénienne :
La crise de la cité grecque

La démoc­ra­tie trou­ve son orig­ine dans la grave crise de la cité grecque et les muta­tions pro­pres à Athènes. Au VIe siè­cle av. J.‑C., les cités du monde grec sont con­fron­tées à une grave crise poli­tique, résul­tant de deux phénomènes con­comi­tants : d’une part l’esclavage pour dettes, liant sit­u­a­tion poli­tique et sit­u­a­tion finan­cière, touche un nom­bre gran­dis­sant de paysans non pro­prié­taires ter­riens : l’iné­gal­ité poli­tique et le mécon­tente­ment sont forts dans le milieu rur­al ; d’autre part le développe­ment de la mon­naie et des échanges com­mer­ci­aux fait émerg­er une nou­velle classe sociale urbaine aisée, com­posée des arti­sans et arma­teurs, qui revendique la fin du mono­pole des nobles sur la sphère poli­tique. Pour répon­dre à cette dou­ble crise, de nom­breuses cités mod­i­fient rad­i­cale­ment leur organ­i­sa­tion poli­tique. À Athènes un ensem­ble de réformes amorce un proces­sus débouchant au Ve siè­cle sur l’ap­pari­tion d’un régime poli­tique inédit : une sorte de démoc­ra­tie pour les hommes libres mais avec la con­tin­u­a­tion de l’esclavage. À titre d’ex­em­ple le philosophe Jacques Ran­cière estime que :

« La démoc­ra­tie est née his­torique­ment comme une lim­ite mise au pou­voir de la pro­priété. C’est le sens des grandes réformes qui ont insti­tué la démoc­ra­tie dans la Grèce antique : la réforme de Clisthène qui, au VIe siè­cle av. J.-C., a insti­tué la com­mu­nauté poli­tique sur la base d’une redis­tri­b­u­tion ter­ri­to­ri­ale abstraite qui cas­sait le pou­voir local des rich­es pro­prié­taires ; la réforme de Solon inter­dis­ant l’esclavage pour dettes. »


Clisthène (~ 570 / ~508 av. J.-C.) À tra­vers sa réforme de ‑508, Clisthène, mem­bre d’une des plus grandes familles d’Athènes, les Alcméonides, con­cé­da au peu­ple la par­tic­i­pa­tion non seule­ment aux déci­sions poli­tiques mais aus­si aux fonc­tions poli­tiques en échange de son sou­tien. Cette réforme repose sur la réor­gan­i­sa­tion de l’espace civique. Les anci­ennes struc­tures poli­tiques fondées sur la richesse et les groupes famil­i­aux furent rem­placées par un sys­tème de répar­ti­tion territoriale.


Paupérisation rurale

À par­tir du VIIe siè­cle, la plu­part des cités grec­ques sont con­fron­tées à une crise poli­tique. Le com­merce se développe, notam­ment avec l’ap­pari­tion de la mon­naie au VIe siè­cle, en prove­nance de la Lydie de Cré­sus, en con­tact avec les cités grec­ques avant la défaite de ‑546 face au perse Cyrus. Ce développe­ment extra­or­di­naire du com­merce méditer­ranéen a deux conséquences :

D’une part les agricul­teurs grecs sont peu com­péti­tifs face à la con­cur­rence de plus en plus vive des ter­res fer­tiles de la Grande Grèce récem­ment colonisée. De plus en plus de paysans, inca­pables d’é­couler suff­isam­ment leur pro­duc­tion, sont con­damnés à se ven­dre comme esclaves pour faire face à leurs dettes. Cette main-d’œu­vre servile est util­isée par les urbains et vient donc elle-même con­cur­rencer les petits arti­sans indépen­dants. Ces sujets peu for­tunés, sur lesquels repose une part crois­sante de l’é­conomie, vien­nent grossir le rang des chômeurs et man­i­fes­tent leur mécontentement.

Révo­lu­tion hopli­tique : émer­gence d’une petite bourgeoisie

D’autre part, cor­réla­tive­ment à l’ap­pau­vrisse­ment des mass­es paysannes, émerge une nou­velle classe de sujets aisés, faite de com­merçants et d’ar­ti­sans (notam­ment potiers à Athènes). Ceux-ci sont doré­na­vant suff­isam­ment rich­es pour s’acheter des équipements d’ho­plites : la guerre n’est plus l’apanage de l’aris­to­cratie. Le sys­tème aris­to­cra­tique basé sur la pro­priété agraire est bat­tu en brèche face aux reven­di­ca­tions égal­i­taires de ces nou­veaux citoyens-sol­dats. On par­le de révo­lu­tion hoplitique.

Insta­bil­ité politique

Au sein de chaque cité les grandes familles s’ap­puient sur le mécon­tente­ment pop­u­laire (tant des paysans appau­vris que des nou­veaux rich­es urbains) pour mieux se dis­put­er le pou­voir. Elles n’hési­tent pas non plus à faire appel à des puis­sances extérieures pour ren­vers­er les tyrans. Ain­si, les cités se com­bat­tent fréquem­ment entre elles, ce qui nour­rit sou­vent les révoltes, par ailleurs dure­ment réprimées. Mais les guer­res sont aus­si par­fois un fac­teur de cohé­sion interne des cités.

En out­re, chaque cité grecque frappe désor­mais sa pro­pre mon­naie, forgeant ain­si une nou­velle com­posante majeure de son iden­tité. Au Ve siè­cle, les cités grec­ques ne frap­pent plus la mon­naie irrégulière­ment et cha­cune appose un signe par­ti­c­uli­er sur la mon­naie qu’elle frappe, l’épicène, qui per­met de la recon­naître. Pour la mon­naie athéni­enne, c’est une chou­ette. Qu’elles retar­dent ou pré­cip­i­tent l’é­clo­sion d’un nou­veau régime, les dif­férentes mesures poli­tiques (guer­res, chutes de régime, répres­sions, lev­ées ou baiss­es d’im­pôts, intro­duc­tions de mon­naies) n’y pour­ront peu : la donne sociale a défini­tive­ment changé.

Partout la nou­velle con­fig­u­ra­tion des rap­ports de forces sociales fait émerg­er une nou­velle donne poli­tique. Deux nou­veaux mod­èles, appelés à s’op­pos­er dans le siè­cle à venir, se dis­tinguent par leur orig­i­nal­ité : l’oli­garchie mil­i­taire spar­ti­ate et la démoc­ra­tie athénienne.


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