L’Assemblée Constituante Tirée Au Sort

ACTAS


Les bénéfices du choix
du Tirage Au Sort
pour composer l’Assemblée Constituante

Extrait de lavraiedémocratie.fr

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« Les élec­tions sont aris­to­cra­tiques et non démoc­ra­tiques : elles intro­duisent un élé­ment de choix délibéré, de sélec­tion des meilleurs citoyens, les aris­toï, au lieu du gou­verne­ment par le peu­ple tout entier. » (Aris­tote, rap­porté par Moses I. Fin­ley dans Démoc­ra­tie antique et démoc­ra­tie moderne)

« Le suf­frage par le sort est de la nature de la démoc­ra­tie, le suf­frage par choix est de celle de l’aristocratie. » (Mon­tesquieu)

À force de cri­ti­quer l’élection, que ce soit pour désign­er des gou­ver­nants ou les mem­bres d’une assem­blée con­sti­tu­ante, une ques­tion se pose : à quoi peut donc bien ressem­bler un sys­tème poli­tique sans (ou pra­tique­ment sans) élec­tions ? Rejeter les élec­tions, ne serait-ce pas prôn­er un retour en arrière vers la monar­chie ? En fait, dire cela, c’est oubli­er la pos­si­bil­ité d’une démoc­ra­tie, une vraie, qui utilise néces­saire­ment du tirage au sort (nous allons voir pourquoi). Qui dit « tirage au sort » dit « hasard », donc imprévis­i­bil­ité du résul­tat et pos­si­bil­ité de désign­er « n’importe qui », y com­pris des affreux. Cela sem­ble absurde a pri­ori et c’est nor­mal : com­ment peut-on voir le tirage au sort comme clé de voûte de la démoc­ra­tie alors que l’on nous a tou­jours dit que c’étaient les élec­tions qui car­ac­téri­saient la démocratie ?

« On avale à pleine gorgée le men­songe qui nous flat­te, et l’on boit goutte à goutte une vérité qui nous est amère. » (Diderot).

1Il faut d’abord se ras­sur­er sur l’étendue des pou­voirs que délivre le tirage au sort aux citoyens qu’il sélec­tionne : les per­son­nes tirées au sort ne pren­nent absol­u­ment pas les pleins pou­voirs. Le tirage au sort ne sert pas du tout à désign­er des maîtres envers lesquels on est sup­posé avoir con­fi­ance (comme le fait l’élection) mais des servi­teurs aux­quels on a toute rai­son d’opposer de la défi­ance. Toute com­para­i­son avec nos députés serait sans objet : le tirage au sort ne vise en aucun cas à don­ner l’équivalent du pou­voir de nos députés aux per­son­nes qu’il sélec­tionne, il vise sim­ple­ment à désign­er des per­son­nes sta­tis­tique­ment représen­ta­tives sociale­ment du peu­ple (pour peu que le nom­bre de per­son­nes tirées au sort soit suff­isam­ment grand – c’est la loi des grands nom­bres) selon un proces­sus incor­rupt­ible (une per­son­ne mal­in­ten­tion­née n’a aucun moyen de favoris­er sa sélec­tion, alors que dans un sys­tème élec­tif elle pour­rait présen­ter sa can­di­da­ture et men­tir). L’assemblée con­sti­tu­ante tirée au sort tra­vaillerait publique­ment et tout citoyen devrait pou­voir observ­er et com­menter le tra­vail des tirés au sort (Inter­net peut être bien pra­tique pour ce faire). Ces derniers ont tout intérêt à y prêter atten­tion car leur pro­jet de con­sti­tu­tion devra être approu­vé par référen­dum (on peut même envis­ager de laiss­er la pos­si­bil­ité à l’électeur d’approuver ou de refuser chaque arti­cle). Ain­si, quand bien même un improb­a­ble hasard ferait que des per­son­nes majori­taire­ment mal­in­ten­tion­nées seraient désignées par le tirage au sort pour rédi­ger la con­sti­tu­tion, leur propo­si­tion ne serait pas approu­vée lors du référen­dum con­sti­tu­ant et une nou­velle assem­blée con­sti­tu­ante serait formée.

2

Sta­tis­tique­ment (c’est une règle qui découle de la loi des grands nom­bres en math­é­ma­tiques), lorsque l’on effectue un tirage aléa­toire au sein d’une pop­u­la­tion, et sous réserve que l’on choi­sisse un échan­til­lon suff­isam­ment grand, la prob­a­bil­ité que l’échantillon soit fidèle à la pop­u­la­tion étudiée est très haute. Par exem­ple, si l’on tire au sort 1000 per­son­nes, il y a 95 % de chances que les résul­tats des actes qu’elles effectueront seront iden­tiques à ce qu’aurait fait la pop­u­la­tion entière, et ceci avec une marge d’erreur sur le résul­tat des déci­sions de ± 3 % (cal­cul d’inter­valle de con­fi­ance). Ain­si, si 60 % des Français sont opposés à un pro­jet de loi et que l’on tire au sort 1000 per­son­nes, entre 57 % et 63 % des tirés au sort seront aus­si opposés à cette déci­sion avec une prob­a­bil­ité de 95 % (vous pou­vez vous en assur­er avec cette ani­ma­tion). Ce sont là des gages de représen­ta­tiv­ité jamais atteints avec des élec­tions. Ain­si appa­raît-il qu’un col­lec­tif de per­son­nes tirées au sort aura toutes les chances d’être diver­si­fié, dans des pro­por­tions fidèles à la société française, et ces per­son­nes auront par con­séquent des intérêts con­tra­dic­toires. De ce fait, le risque que ces per­son­nes se met­tent d’accord pour écrire une con­sti­tu­tion instau­rant une aris­to­cratie dans laque­lle leurs amis seraient par la suite impliqués est min­ime (et de toute façon, le peu­ple ne valid­erait pas un tel pro­jet lors du référen­dum). Leurs intérêts seront for­cé­ment con­tra­dic­toires : cela dessert les intérêts par­ti­c­uliers et promeut l’intérêt général. Les tirés au sort sont néces­saire­ment, du fait de leur diver­sité, col­lec­tive­ment dés­in­téressés vis-à-vis du texte qu’ils s’apprêtent à écrire. Ils n’auront par con­séquent aucun com­plexe pour lim­iter dras­tique­ment le pou­voir des futurs dirigeants puisque le con­flit d’intérêts qui fai­sait précédem­ment obsta­cle n’a plus lieu d’être. Quoi de mieux que ce proces­sus pour rédi­ger une con­sti­tu­tion qui pro­tège le peu­ple des abus de pou­voir et est con­forme à ses volontés ?

3

Le tirage au sort per­met l’amateurisme poli­tique, ce qui est une bonne chose car il favorise la poli­ti­sa­tion des citoyens et per­met que la Con­sti­tu­tion qu’ils écriront soit com­préhen­si­ble par le plus grand nom­bre (et non plus seule­ment par les juristes). L’honnêteté est beau­coup plus impor­tante que la com­pé­tence pour écrire une bonne con­sti­tu­tion. Il n’y a pas besoin d’être com­pé­tent pour deman­der après un temps de réflex­ion la red­di­tion des comptes, le référen­dum d’initiative pop­u­laire et d’autres mesures défen­dant l’intérêt général, même si on ne con­naît pas le vocab­u­laire de juristes qui les désigne (un citoyen peut très bien écrire que « Toute per­son­ne élue est respon­s­able de ce qu’elle fait devant le peu­ple. Le peu­ple peut à tout moment lui deman­der des comptes et la con­gédi­er par un vote nation­al. », là où un juriste aurait par­lé de « red­di­tion des comptes » et de « référen­dum révo­ca­toire d’initiative citoyenne » — les deux rédac­tions veu­lent néan­moins dire la même chose dans le fond). De plus, du fait de la diver­sité des mem­bres de l’assemblée, ils ne pour­ront logique­ment se met­tre d’accord que sur ce qui préserve l’intérêt général car aucun intérêt par­ti­c­uli­er ne leur sera com­mun. Le tirage au sort favorise ain­si l’incorruptibilité de l’assemblée. Pour preuve, de mul­ti­ples exem­ples his­toriques mon­trent que le tirage au sort de servi­teurs poli­tiques fonc­tionne. Voir à ce sujet l’article d’Yves Sin­tomer, « Petite his­toire du tirage au sort en poli­tique. D’Athènes à la Révo­lu­tion française » (La Vie des idées, 9 avril 2012. Disponible en ligne ici).

Objection : la rédaction de la Constitution et des lois est une chose trop importante pour être laissée à des amateurs tirés au sort.

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Pour en savoir plus, consultez l’argumentaire de
lavraiedemocratie.fr

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Objections
contre l’Assemblée Constituante
Tirée au Sort

Trucage du tirage au sort

Des gens mal-inten­tion­nés finiront bien un jour par réus­sir à tru­quer le système 

1) Le tirage au sort est infail­li­ble s’il est bien organ­isé. Le tirage doit se pro­duire en pub­lic, être filmé de près et retran­scrit en direct. N’im­porte quel citoyen qui le désire pour­ra filmer le déroule­ment du tirage au sort.
2) A Athènes, les citoyens se réu­nis­sant lors de l’assem­blée pour vot­er les lois, tiraient au sort les mag­is­trats en présence de tous (les citoyens présents à l’assem­blée), pour que cha­cun puisse con­trôler et éviter juste­ment ce problème.
3) Divers­es méth­odes peu­vent être mis­es en place, entre autre faire divers tirages aux sorts dans chaque commune/département/région… plus acces­si­ble à la véri­fi­ca­tion de cha­cun. On peut tout aus­si bien faire suc­ces­sive­ment des tirages au sort par­mi des tirés au sort :

  • par­mi tous dans la com­munes cha­cun pou­vant assis­ter au tirage
  • puis par­mi les tirés aux sort par­mi les tirés au sorts des com­munes au niveau départe­men­tal cha­cun pou­vant s’y rendre.…
  • jusqu’au niveau national

Mais la forme de la con­sti­tu­ante n’est pas restreinte, elle pour­rait aus­si être un ensem­ble d’assem­blées locales pro­posant leurs articles…La façon de procéder peut vrai­ment être imag­inée de bien des formes, avec Inter­net ou sans, avec plusieurs assem­blées ou une seule, avec plusieurs sec­tions d’assem­blée avec des rôles dif­férents ou sim­i­laires… (liste non exhaustive)
=> cette méth­ode a aus­si l’a­van­tage de per­me­t­tre à chaque étape de véri­fi­er la pos­si­bil­ité sta­tis­tique, en effet avec beau­coup de tirages on peut véri­fi­er que l’ensemble cor­re­spond bien à la pop­u­la­tion. De plus les tirés et tirages étant très nom­breux à chaque niveau il est dif­fi­cile pour un corps/organisation de plac­er tous ses pio­ns partout où il le souhaite et de tru­quer tous les tirages.
4) Rien ne rem­place le vote des citoyens pour con­firmer que la con­sti­tu­tion est bien telle qu’ils l’e­spèrent, si le tirage est truqué le vote sert de fil­tre. Si le peu­ple accepte une con­sti­tu­tion on ne peut pas lui dire: “non, car le tirage était truqué.”
Et cela dénote aus­si de la pré­con­cep­tion de la forme de la con­sti­tu­ante, on peut pro­pos­er plusieurs textes, même avoir dif­férentes con­sti­tu­antes en col­lab­o­ra­tion ou concurrence…
5) Si les tirés au sort sont nom­breux, il est plus dif­fi­cile de le tru­quer. Et encore plus si les tirages sont nombreux.
6) Con­traire­ment à l’élec­tion dans le cadre du gou­verne­ment représen­tatif, les postes des per­son­nes tirées au sort ne sont pas par­ti­c­ulière­ment attrayants en Démoc­ra­tie. Il s’ag­it de tir­er au sort des servi­teurs, avec plus de devoirs que de droits, des comptes à ren­dre, et sans gain de pou­voir impor­tant par rap­port à tout autre citoyen. Le mobile même de tru­quer un tirage au sort dis­paraît alors.
Il n’y a qua­si­ment aucun intérêt à tru­quer un tirage au sort dans une Démoc­ra­tie, et dans tous les cas cer­taine­ment bien moins que de tru­quer une élec­tion actuellement.

Peuple non compétent

Le peu­ple n’est pas com­pé­tent pour écrire une constitution 

1) Le peu­ple n’a pas besoin de l’être. De nos jours, la con­sti­tu­tion est écrite par des con­sti­tu­tion­nal­istes (oui car­ré­ment des gens dont c’est le méti­er ! … exem­ples : http://actua.unitariennes.over-blog.com/article-la-loi-fran-aise-anti-burqa-le-point-de-vue-du-constitutionaliste-bertrand-mathieu-50741198.html, ou encore la vidéo d’E­ti­enne dans l’émis­sion !imper­ti­nences, débat avec un con­sti­tu­tion­nal­iste), des juristes, des hommes poli­tiques pro­fes­sion­nels, bref par des per­son­nes maîtrisant le droit, et/ou présen­tant des con­flits d’in­térêt majeurs vis à vis de la pro­duc­tion de ces lois, ren­dant nos lois sou­vent injustes, très dif­fi­ciles à com­pren­dre et même à appliquer/exécuter, pour des néo­phytes. Il n’est plus à démon­tr­er que ces lois sont pour la majorité plutôt mal con­stru­ites et inef­fi­caces, affaib­lis­sant les lois sim­ples et néces­saires (cita­tion Mon­tesquieu éventuelle­ment là-dessus).
Ce serait donc finale­ment une béné­dic­tion si de sim­ples citoyens non com­pé­tents dans le droit, pou­vaient la rédi­ger ensem­ble. Cela per­me­t­trait une con­sti­tu­tion bien plus sim­ple, proche des gens, avec l’essen­tiel. Il est pri­mor­dial d’avoir une con­sti­tu­tion com­préhen­si­ble par tous. Com­ment pou­vons-nous accepter un con­trat social sans en com­pren­dre toutes les implications ?
De plus, cela ren­dra les per­son­nes rédi­geant la con­sti­tu­tion très dif­fi­ciles à cor­rompre, puisque dés­in­téressées, n’ayant aucune ambi­tion poli­tique par la suite, si ce n’est de tou­jours pou­voir exercer leurs droits civiques, ce qui n’est pas le cas de nos politi­ciens professionnels.
2) Per­son­ne ne l’est, par con­tre le peu­ple est le seul légitime auteur d’un con­trat qui le lie avec tous les contractants/citoyens. Il n’a pas à se faire impos­er un con­trat par d’autres.

Indifférence — refus d’écriture

Le peu­ple se fout de la poli­tique, il ne veut pas écrire sa pro­pre constitution 

1) Le dés­in­térêt des gens pour la poli­tique est logique : ils sont éduqués à ne pas s’y intéress­er. Comme ils n’ont de toute façon pas la pos­si­bil­ité de s’ex­primer, ils sont naturelle­ment dés­in­téressés et lais­sent les pro­fes­sion­nels de la poli­tique s’oc­cu­per de toutes les déci­sions poli­tiques et sociales à leur place. Rien ne nous dit que les gens ne veu­lent pas écrire la con­sti­tu­tion eux-même, ils savent sim­ple­ment qu’ils ne le peu­vent pas, donc ils n’y pensent plus !
2) Il ne faut pas généralis­er : Ce n’est pas 100% de la pop­u­la­tion qui est indif­férente à la vie poli­tique et sociale et qui refuserai d’écrire une nou­velle con­sti­tu­tion, quand bien même ce serait 90%, ce n’est pas une rai­son val­able pour ôter cette pos­si­bil­ité aux 10% de ceux qui le souhait­ent. D’au­tant plus que ceux qui ne le souhait­ent pas aujour­d’hui en auront finale­ment la pos­si­bil­ité demain. Il y a une dif­férence struc­turelle (fon­da­men­tale et démoc­ra­tique) entre le fait de ne pas vouloir et celui de ne pas pouvoir !
3) Il n’y a que pen­dant 200 ans à Athènes (Grèce Antique) qu’une vraie démoc­ra­tie était pra­tiquée : le pou­voir du peu­ple, par le peu­ple, pour le peu­ple. Donc, c’est depuis plus de 2000 ans que les peu­ples n’ex­er­cent plus eux-même le pou­voir mais sont représen­tés par une élite qui l’ex­erce à leur place. Cette sit­u­a­tion, soci­ologique­ment, est respon­s­able du dés­in­térêt pour la poli­tique de la majeur par­tie de nos conci­toyens. Le rythme de vie et la sit­u­a­tion actuelle ne four­nissent aux gens, ni le temps, ni la force et l’en­vie de débat­tre ou de s’in­ve­stir dans la vie poli­tique et sociale. Le vil­lage de Van­don­court est un très bon exem­ple : lorsqu’on fait con­fi­ance aux gens et qu’on leur donne indi­vidu­elle­ment la pos­si­bil­ité d’a­gir, ils s’im­pliquent beau­coup. Il y a d’autres exem­ple à plus grande échelle, comme en Colom­bie Bri­tan­nique (Cana­da).

Propres intérêts

Ceux qui écriront ne ver­ront que leurs pro­pres intérêts particuliers 

1) Les con­sti­tu­ants citoyens seront déjà large­ment dés­in­téressés par le mécan­isme du tirage au sort. Mais il peut en effet y avoir quand même des risques.
A rel­a­tivis­er car les con­sti­tu­ants seront nom­més pour une durée courte (durée de l’assem­blée con­sti­tu­ante) et non-renou­ve­lable. Ce qui fait qu’ils ont tout intérêt à écrire une bonne con­sti­tu­tion pour le peu­ple entier, car ils rede­vien­dront à l’is­sue de ce man­dat sim­ples citoyens noyés dans la masse, donc ils encourent des risques égaux et poten­tielle­ment graves pour eux-mêmes aus­si s’ils écrivent une mau­vaise constitution…!

2) Nous tirons au sort un ensem­ble de per­son­nes pas une, c’est la con­fronta­tion des intérêts par­ti­c­uliers ou intérêts de class­es qui s’op­posent et qui ont ten­dance à ne per­me­t­tre un accord que si tous les intérêts sont con­ver­gents dans l’es­ti­ma­tion du futur com­mun. C’est pourquoi il est tou­jours néces­saire d’op­pos­er les gens dans l’op­tique d’un accord con­sen­suel voire unanime. Une con­sti­tu­ante d’élus n’au­rait eu comme pre­mier point d’ac­cord que le fait de don­ner plus de pou­voirs aux élus en toute pondéra­tion de l’avis du peu­ple, et une con­sti­tu­ante de pro­fes­sionels n’au­rait qu’en­tretenu la néces­sité de pro­fes­sion­nal­isme et pro­tégé leurs moyens d’ac­tions. Une con­sti­tu­ante tirée au sort a pour avan­tage de présen­ter des forces rel­a­tive­ment équili­brées, peu d’e­sprit de corps, et comme accord pre­mier un point plus proche du peu­ple que toute autre assem­blée où la sélec­tion aurait biaisé le pre­mier accord trou­vé et amené à la per­pé­tu­ité de cette sélec­tion. En effet toute per­son­ne se pen­sant hon­nête aura ten­dance à utilis­er le moyen qui l’a pro­mu, croy­ant au sys­té­ma­tisme de ce fonc­tion­nement et favorisant la pro­mo­tion de ses sem­blables pré­sup­posés hon­nêtes et toute per­son­ne mal­hon­nête en fera autant, il n’y a que l’absence de sélec­tion ou la sélec­tion aléa­toire qui puisse con­tre­car­rer ce biais.

Entente commune sur le texte

Rien ne garan­tit qu’ils pour­ront s’en­ten­dre sur un même texte 

La dif­fi­culté à s’en­ten­dre sur un texte est ce qui mon­tre qu’il y a dis­cus­sion sur les dif­férences et les points com­muns, cela n’est pas un mal que cela prenne du temps si c’est pour trou­ver une con­sti­tu­tion plus fon­da­men­tale­ment démoc­ra­tique. Il n’y a qu’en con­frontant les dif­férences et en prenant du recul que les par­tic­i­pants pour­ront trou­ver des points sur lesquels il n’y a pas de désaccord.
Vont-ils alors tomber d’ac­cords sur un même texte? Rien ne peut le garan­tir, mais des méth­odes divers­es de dis­cus­sions pour­raient être pro­posées à l’assem­blée pour faciliter le proces­sus, à cha­cun de choisir sa méthodolo­gie lors des délibéra­tions. Par exem­ple com­mencer point par point et se décider si oui ou non chaque arti­cle est validé dans le pro­jet. Ensuite tous les arti­cles non suff­isam­ment soutenus sont écartés et on forme un texte avec ce qui reste. Il sera tou­jours temps d’en rajouter ou d’en enlever après…
On pour­rait tout aus­si bien retenir plusieurs ver­sions de texte ou vot­er arti­cle par arti­cle avec plusieurs ver­sions de chaque sans néces­sité d’ac­cord unanime des con­sti­tu­ants ni même majori­taire, il faut rap­pel­er que la con­sti­tu­ante n’est pas une chose fixe et la méthodolo­gie appliquée peut pren­dre bien des formes.

Le texte ne conviendra pas à la majorité

Rien ne garan­tit que le texte final ira aux autres citoyens 

1) En effet, sinon nous ne feri­ons pas appel au vote de la pop­u­la­tion après la con­sti­tu­ante. Mais pourquoi par­ler d’ UN texte FINAL ? D’ailleurs la ques­tion laisse voir des préjugés sur la forme que pour­rait pren­dre la constituante :

  • on peut présen­ter plusieurs textes/articles simul­tané­ment et laiss­er choisir le peuple.
  • on peut, en plusieurs étapes, présen­ter arti­cle par arti­cle et laiss­er choisir le peuple.
  • on peut renou­vel­er régulière­ment le vote ou la con­sti­tu­ante pour s’as­sur­er que le texte con­vient toujours.
  • on peut faire une con­sti­tu­ante dans chaque régions/communes… et regrouper les idées à proposer.
  • on peut faire une con­sti­tu­ante avec par­tic­i­pa­tion citoyenne via le net.
  • Le nom­bre de tirés au sort en accord avec le texte/les textes devrait être proche pro­por­tion­nelle­ment de l’ac­cord du peu­ple. A ceci près des infor­ma­tions qu’au­rait eue la con­sti­tu­ante mais pas le peu­ple et inversement.
  • il n’y a pas de texte final, la démoc­ra­tie se doit d’évoluer avec la cul­ture de toutes les par­ties du peu­ple, c’est donc un renou­velle­ment con­tinu qui parait plus appro­prié. En faisant et déclarant cela, il serait plus facile de s’en­gager envers des propo­si­tions ne fusse qu’à l’essai.

Respect du texte

Rien ne garan­tit que tous les gens s’en­gageront à respecter ce texte [la con­sti­tu­tion]. Ce n’est qu’un texte de plus 

1) Il est vrai que la con­sti­tu­tion “mon­tag­narde” de 1792, con­sti­tu­tion pour­tant exem­plaire, n’a jamais été appliquée, la con­tre-révo­lu­tion ayant eu lieu pour empêch­er cela. Ce qui laisse à penser que l’his­toire pour­rait à nou­veau se répéter. C’est pour cela qu’il est indis­pens­able que la déci­sion d’une vraie démoc­ra­tie et d’un vrai proces­sus con­sti­tu­ant citoyen et dés­in­téressé, donc tiré au sort, vien­nent de tout le peu­ple entier, y com­pris donc les “ultra-rich­es”, les politi­ciens pro­fes­sion­nels etc… Il ne faut pas qu’elle soit imposée d’une quel­conque manière. Si tout le monde est d’ac­cord, alors elle s’im­posera d’elle-même et tous les gens s’ac­corderont à la respecter.
2) Ce n’est pas dif­férent de la con­sti­tu­tion actuelle, à ceci près que celle réelle­ment démoc­ra­tique serait plus proche des aspi­ra­tions du peuple.

Peur et refus

Beau­coup auront peur et refuseront, ne res­teront que les pro­fes­sion­nels ou les puissants. 

1) C’est une peur légitime, mais qui n’est peut-être pas si fondée que ça. N’est-ce pas un hon­neur de servir l’in­térêt général (et donc par là-même son pro­pre intérêt per­son­nel en toute égal­ité) pour le bien commun ?
2) Si vous n’avez pas peur, qu’est-ce qui vous fait croire que les autres auraient peur ? Moi je n’ai pas peur ;-).
3) Si ne reste que les pro­fes­sion­nels et les puis­sants alors ce n’au­ra été qu’un coup d’épée dans l’eau.
4) Ceux qui craig­nent qu’il ne reste que des pro­fes­sion­nels ou des puis­sants sauront con­ver­tir leur peur en action et œuvr­er pour qu’il ne reste pas que des pro­fes­sion­nels et des puissants.
5) De quelle sorte de peur parle-t-on ?

Pression et influence extérieure

Rien ne garan­tit que les tirés au sort ne subiront pas des pres­sions ou des influ­ences extérieures 

1) Plusieurs solu­tions issues essen­tielle­ment de l’ex­péri­ence de démoc­ra­tie athéni­enne, peu­vent être apportées pour lim­iter grande­ment ce risque :

  • Des man­dats courts pour éviter que la cor­rup­tion ne s’in­stalle avec le temps
  • Des man­dats non-renou­ve­lables pour éviter une pro­jec­tion future, et donc un cal­cul dans le présent à faire une con­sti­tu­tion pas trop con­traig­nante, dans les strates du pou­voir. Ceci est le gros prob­lème de nos politi­ciens actuels de métier.
  • L’inéli­gi­bil­ité des tirés au sort pour éviter qu’il n’écrivent des règles allant dans un intérêt per­son­nel de car­rière future.
  • La red­di­tion des comptes, une fois le man­dat ter­miné, avec puni­tion si man­dat mau­vais, récom­pense si man­dat OK : les représen­tants devront défendre devant un jury de citoyens tirés au sort, s’ils ont bien servi ou pas l’in­térêt général. A l’is­sue de la déci­sion de jus­tice, une puni­tion (qui pou­vait aller jusqu’à la peine de mort à Athènes…!), ou une récom­pense (par exem­ple, une stat­ue en son hon­neur) sera adop­tée. Ceci pousse les tirés au sort à résis­ter à la cor­rup­tion, en craig­nant le juge­ment final de leurs actions au ser­vice de l’In­térêt général pen­dant toute la durée de leur mandat.
  • Un con­trôle per­ma­nent par les citoyens, au moyen par exem­ple d’une assem­blée citoyenne tirée au sort, du Référen­dum d’Ini­tia­tive Citoyenne, du con­trôle direct par les citoyens etc…

2) Pour avoir un réel impact sur toute une Assem­blée, le cor­rup­teur doit ten­ter d’in­flu­encer un grand nom­bre de personne.
3) N’im­porte quel tiré au sort peut, à la moin­dre ten­ta­tive de cor­rup­tion, don­ner l’alerte.
4) Les tirés au sort sont des anonymes impuis­sants poli­tique­ment qui n’ont donc vraisem­blable­ment jamais été abor­dé par des cor­rup­teurs con­traire­ment aux hommes de pou­voirs. Or le cor­rup­teur a besoin d’être fam­i­li­er de sa cible et de temps pour ne pas se faire démas­quer par des pres­sions trop grossières.
5) Pro­téger des tirés au sort des pres­sions s’arrange aus­si bien qu’avec des élus par une pro­tec­tion poli­cière voire citoyenne.
6) Le grand sou­tien pop­u­laire à ce change­ment démoc­ra­tique pousse les tirés au sort à tir­er le meilleur d’eux-même et à ne pas décevoir.
7) Les citoyens tirés au sort n’é­tant pas coupés de leur milieu respec­tif et y retour­nant à la fin du proces­sus, ils sont poussés à écouter ses opin­ions et à ne pas le trahir.

Inaptes tirés au sort

Le tirage au sort c’est une loterie avec toutes les chances que ce soient les plus inaptes qui soient tirés. 

1) Le tirage au sort n’est pas une loterie mais une méth­ode sta­tis­tique avec toutes les chances que le peu­ple soit tiré au sort. Con­traire­ment à l’élec­tion qui sélec­tionne seule­ment le plus apte, le meilleur pour rem­porter une cam­pagne (celui qui a été le plus prêt à tous : à toutes les com­pro­mis­sions, les trahisons, les bas-coups etc… en d’autres mots : le pire).
2) Inapte à quoi ? Qui mieux que l’ensem­ble d’une pop­u­la­tion est apte à savoir ce qui est le mieux pour le pays dans lequel il vit ?
3) La démoc­ra­tie con­siste à con­fi­er le pou­voir au peu­ple, si vous jugez le peu­ple inapte sans doute est-ce dû au fait qu’on nous fait croire que notre république est une démoc­ra­tie. Que l’élec­tion = démoc­ra­tie. Et que c’est donc le peu­ple, pas nos dirigeants, qui sont inaptes à gou­vern­er pour le bien com­mun. Mais si ça ne vient pas de là, il serait intéres­sant pour vous d’in­stau­r­er une vraie aris­to­cratie. Encore faut-il trou­ver le moyen pour que les “meilleurs”(Aristos en grec) restent les meilleurs garant de l’in­térêt général.
4) Actuelle­ment ceux qui écrivent les lois et les règles sont ceux qui sont les plus intéressés par le pou­voir alors que le pou­voir cor­rompt. Le tirage au sort per­met plus sûre­ment à ceux qui pos­sè­dent le sens du bien com­mun d’être choisis.Cette méth­ode sta­tis­tique per­met un plus vaste échan­til­lon au sein de la pop­u­la­tion représen­tatif de l’ensem­ble de la pop­u­la­tion et, au con­traire, la plus large diver­sité d’ap­ti­tude possible.

Hasard non garanti

Cela dépend sur qui on tombe, le hasard fait bien les choses, dit-on sou­vent, mais ce n’est pas garanti… 

1) la part de hasard c’est nous qui la maitrisons par les règles mis­es en place, et ne souhai­tant pas du tout avoir des poli­tiques hasardeuses nous ne lui lais­serons que la place qui lui revient pour son util­ité. Con­venons que l’on par­le d’une part du pou­voir que l’on veuille démoc­ra­tique, c’est à dire où le peu­ple donne les objectifs/ses souhaits/ses direc­tives, alors on tire au sort un cer­tain nom­bre de citoyens, suff­isam­ment pour qu’en assem­blée la rai­son de l’ensemble émerge et que la volon­té du peu­ple s’ex­prime. De fait étudi­er les sta­tis­tiques pour­rait vous aider à com­pren­dre pourquoi ain­si il reste une part min­ime d’aléas dans le résul­tat poli­tique. Toute sélec­tion pour­rait biais­er la représen­ta­tion de la volon­té générale c’est pourquoi si on doit sélec­tion­ner sans que quel­conque ségré­ga­tion soit faite, il faut néces­saire­ment soit ne sélec­tion­ner personne(donc que tous par­ticipent à égal­ité stricte), soit sélec­tion­ner par le Hasard.
Quand on fait un tirage au sort de cette ampleur (pour la con­sti­tu­ante) la part de hasard dans le résul­tat de l’ex­pres­sion de la volon­té générale n’a que très peu de place, c’est la délibéra­tion et la con­cer­ta­tion des citoyens ain­si rassem­blés qui exprimera cette volon­té, donc la con­ver­gence de cha­cun vers les autres. Il n’y a donc peu de chance que cette “moyenne” soit éloignée de la réal­ité de la volon­té générale des citoyens. Pour éviter le coup de malchance, il est absol­u­ment néces­saire pour une con­sti­tu­ante d’être suivi d’un vote qui con­firme le souhait de la Nation. Con­fir­ma­tion qui prendrait une forme moins impérieuse si cela était pour la con­fir­ma­tion d’une loi.
Il faut bien se ren­dre compte qu’au­jour­d’hui le fonc­tion­nement poli­tique est de telle sorte que la volon­té générale ne puisse con­verg­er, et que ani­mée par les diver­gences les citoyens souhait­ent davan­tage de biais, opposant toutes les par­ties du peu­ple pour chaque diver­gence, ce faisant on con­nait essen­tielle­ment les diver­gences mais point les con­ver­gences. La volon­té générale est biaisée, on lui retire du sens, du con­tenus, on la cache der­rière les diver­gences, ain­si on ne peut plus réelle­ment par­ler de volon­té générale dans le fonc­tion­nement poli­tique actuel. Mal­gré que celle-ci existe chaque par­tie du peu­ple l’ig­nore du fait du marte­lage des dis­sen­sions qui, il est vrai sont inhérentes à la démoc­ra­tie, mais qui n’en sont pas son essence. Ce faisant il est inca­pable de con­naitre la volon­té générale, et donc de l’op­pos­er aux éventuelles déci­sions poli­tiques qui ne lui con­vi­en­nent pas. Il est inca­pable alors de se dire légitime dans sa volon­té de change­ment poli­tique. C’est à cela que doit remédi­er entre autre une assem­blée non biaisée par des sélec­tions partiales/dogmatiques et donc tirée au sort. Ain­si la con­sti­tu­ante dis­posant de ressources pour faire con­sti­tu­tion pour­ra sere­ine­ment établir sa volon­té, proche du point de con­ver­gence de tous les citoyens, et donc très proche de la volon­té générale, ce qui sera véri­fié par le vote de l’ensemble des citoyens.
2) On retombe sur les argu­ments 1, 10 et 18 . Voir leurs répons­es associées.
3) Argu­ment antin­o­mique pri­maire : Et l’élec­tion ça fait bien les choses  ? C’est garan­ti ? Il sera dif­fi­cile de répon­dre “oui” à cette ques­tion je pense.
L’élec­tion ferait peut-être bien les choses, si les élus, donc les aris­to­crates, étaient de vrais aris­to­crates (les meilleurs quoi). Or, ce n’est pas le cas à l’heure actuelle, à cause de l’équa­tion argent = pou­voir. Ceux qui ont de l’ar­gent peu­vent se faire pass­er pour les meilleurs ou acheter les meilleurs. Et puis le meilleur, le plus fort, n’est-ce pas sen­si­ble­ment la même chose ? Dans ce cas, c’est comme si on n’avait aucun régime poli­tique, aucune con­struc­tion de la société, aucune civil­i­sa­tion car si c’est la loi du plus fort, c’est la loi de la Nature, (la loi Dar­wini­enne), donc l’ab­sence totale de lois… atten­tion, Dar­win a expliqué en quoi la loi du plus fort ne s’ap­plique pas à l’Homme dans la selec­tion naturelle …
Le tirage au sort, si les tirés au sort sont suff­isam­ment nom­breux et si les con­trôles types “athéniens” en amont sont effec­tués afin de neu­tralis­er cette com­posante néga­tive et obscure du hasard pour n’en garder que le posi­tif, garan­ti­ra math­é­ma­tique­ment que le hasard fera bien les choses (voir les lois de prob­a­bil­ités en mathématiques).
Reste aus­si à définir ce qui est enten­du par “le hasard fait bien les choses”. Le bien et le mal sont des notions somme toute assez subjectives.

Pas de temps

Les gens n’ont pas de temps pour faire cet exercice 

1) La con­sti­tu­ante peut autant être ponctuelle que péri­odique ou con­tin­ue, dans tous les cas la péri­ode la plus prenante est le lance­ment de la démoc­ra­tie, c’est à ce moment qu’il y a le plus de risques. Mais si le tirage au sort se lim­ite à la con­sti­tu­ante il n’y a pas de rai­son que la plu­part des gens y per­dent du temps, seul quelques mil­liers sur des mil­lions c’est peu de temps pris même sur des années, tant qu’il y a change­ment réguli­er des tirés au sorts.
De plus on peut étaler la con­sti­tu­ante sur plus de temps si néces­saire, mais au final cela n’est pas si grave de pren­dre un peu de temps pour cela. Car avant com­bi­en de temps pre­niez-vous pour élire des CHARLOTS? Sachez aus­si qu’il est fort prob­a­ble que la con­sti­tu­ante per­me­tte de se libér­er du temps imposé par la société du tra­vail, mais cela c’est à la con­sti­tu­ante d’en écrire la substance.
2) Les per­son­nes vont enfin pou­voir s’ex­primer et agir dans une nou­velle démarche qui respectera l’avis de l’ensem­ble du peu­ple, cela représente une belle moti­va­tion pour inve­stir un peu de son temps libre.

Ne représentent pas l’ensemble des citoyens

Les gens tirés au sort ne représen­teront pas l’ensem­ble des citoyens 

1) La réponse sera vis­i­ble lors des votes ou référen­dums qui suiv­ront incon­di­tion­nelle­ment la con­sti­tu­ante, si elle ne l’est pas il y aura un rejet mas­sif du texte.
2) d’un point de vue stricte­ment mathématique/statistique cela se juge par un taux de représen­ta­tiv­ité, la loi des grands nom­bres dit que plus un échan­til­lon d’un ensem­ble est grand plus il a de chance que la moyenne de l’échantillon s’ap­proche de la moyenne de l’ensemble. D’un point de vue math­é­ma­tique, de nom­breux out­ils per­me­t­tent de juger de cela autant avant qu’après le tirage. Mais tout autant math­é­ma­tique­ment, si l’échantillon est sélec­tion­né il sera moins représen­tatif, toute influ­ence sur le principe d’aléas du tirage indi­vidu­el implique un biais qui peut remet­tre totale­ment en cause ce principe. On peut voir ici un des biais observés dans les sondages, seule­ment les sondages ne sont jamais pure­ment aléa­toires et imposent aus­si des biais que la con­sti­tu­ante peut éviter, entre autres les sondages ont des ques­tions ori­en­tés et des répons­es restreintes…

3) — D’un point de vue plus éloigné des sta­tis­tiques on peut en effet remet­tre en cause la représen­ta­tiv­ité vis à vis de l’ensemble, mais elle sera tou­jours plus proche que celle d’élus à la majorité autant qu’à la pro­por­tion­nelle. Le principe de tirage au sort per­met surtout de sor­tir de tout esprit de corps, en faisant venir des indi­vidus de tout hori­zons par une méth­ode aléa­toire on retire l’e­sprit de corps résul­tant de la sélec­tion elle-même, qui aurait abouti à la repro­duc­tion sys­té­ma­tique du sché­ma, mais cela ne retire pas la pos­si­bil­ité de le reprendre.

Incompétents

AVEC LE TIRAGE AU SORT, ON DÉSIGNERAIT DES INCOMPÉTENTS… 

1) Autre objec­tion courante : le monde devient com­plexe et les tirés au sort ne seraient pas aus­si COMPÉTENTS que les élus… (c’est avec les élus que le monde s’est complexifié)
Parce que vous trou­vez que, de par le monde et à tra­vers l’his­toire des faits, les élus sont « compétents » ?!
C’est une blague ?
Savez-vous com­bi­en de bombes atom­iques les élus soi-dis­ant com­pé­tents ont fait explos­er dans l’at­mo­sphère, en plein air ou sous l’eau !, depuis 1945 ? Plus de 2 000 ! En fait de com­pé­tence, c’est de la folie furieuse, oui. Et com­bi­en de guer­res ?! Et com­bi­en de mil­lions de mil­liards de dol­lars gaspillés avec des armées suréquipées —qui se neu­tralisent mutuelle­ment !!!—pen­dant que des mil­liards d’hommes crèvent de faim ? Et com­bi­en de scan­dales de cor­rup­tion avérée ? Et com­bi­en de cas de col­lu­sion abjecte avec les rich­es qui ont per­mis d’élire les élus  ? Et com­bi­en de trahisons du bien commun ?
Un avo­cat, un homme d’af­faires ou un pro­fesseur qui vient d’être élu est tout à fait incom­pé­tent dans le domaine nucléaire ou cli­ma­tique ou médi­cal ou autre, et c’est son tra­vail sur les dossiers qui va le ren­dre com­pé­tent. On peut en dire tout autant de n’im­porte quel tiré au sort volon­taire qui va devenir com­pé­tent en tra­vail­lant sur ses dossiers. Les très nom­breuses expéri­ences d’assem­blées tirées au sort sur des sujets tech­niques com­plex­es mon­trent une extra­or­di­naire com­pé­tence col­lec­tive et un for­mi­da­ble dés­in­téresse­ment par rap­port aux lob­bys. L’hon­nêteté et l’ab­sence de con­flit d’in­térêts sont des car­ac­téris­tiques bien plus impor­tantes pour le bien com­mun que la (pré­ten­due) com­pé­tence, puisqu’un réal­isme élé­men­taire con­duit à con­stater qu’au­cun être humain ne peut pré­ten­dre maîtris­er un savoir ency­clopédique a priori.
2) Pour sim­ple­ment faire preuve de l’incompétence des can­di­dats aux élec­tions il suf­fit de regarder les chiffres du nucléaire de 2007, et de com­par­er aux dires des deux can­di­dats à la prési­den­tiel, ils étaient tout deux dans l’er­reur, faute impar­donnable étant don­ner que moi petit lycéen à l’époque con­nais­sait mieux le dossier qu’eux mais aus­si étant don­né le débat entourant le nucléaire civ­il et la part impor­tante de l’influence qu’il avait/a sur notre société, tant d’un point de vue pra­tique, sécu­ri­taire et économique.

Et si, moi, j’ai envie de choisir mes repréants ?!!

ET SI, MOI, J’AI ENVIE DE CHOISIR MES REPRÉSENTANTS ?!! 

Cer­tains objectent avec véhé­mence qu’ils tien­nent absol­u­ment à choisir leurs représen­tants, que c’est leur pré­cieuse part de sou­veraineté qu’on leur dérobe avec le tirage au sort, et que per­son­ne ne leur retir­era sans qu’ils se bat­tent bec et ongles. Ce que j’ob­serve, c’est que ces cris vien­nent sou­vent de per­son­nes plutôt favorisées qui n’ont rien à crain­dre de l’élec­tion puisqu’ils sont pré­cisé­ment de ceux que les élus ne mar­tyrisent jamais. Je ne suis pas sûr qu’il soit utile de ten­ter de les con­va­in­cre car il est pos­si­ble qu’un intérêt per­son­nel con­traire à l’in­térêt général les ani­me, auquel cas la dis­cus­sion est un sim­u­lacre, et sans doute une impasse. Par con­tre, de la part de per­son­nes défa­vorisées, cet argu­ment est vrai­ment éton­nant : après 200 ans de trahisons répétées, après 200 ans de promess­es non tenues, con­tin­uer à s’ac­crocher à ce qui est — de fait — un pur men­songe, relève de la pen­sée mag­ique, un peu comme cer­taines croy­ances con­duisent à pro­téger une vache sacrée. Peut-on argu­menter con­tre une croy­ance ? Peut-être. Je pense par exem­ple à une voie médi­ane (tran­si­toire ?) : une Assem­blée qui com­bin­erait les deux modes : une par­tie élue (pour ceux qui veu­lent choisir) et une par­tie tirée au sort (pour ceux qui ont com­pris que l’élec­tion est une menteuse). Le résul­tat serait déjà bien meilleur pour l’in­térêt général qu’une élec­tion à 100%. On peut aus­si pro­pos­er de choisir la procé­dure par référen­dum. Par exem­ple, après un hon­nête débat pub­lic ouvert à toutes les opin­ions dis­si­dentes, on poserait la ques­tion au peu­ple : souhaitez-vous que la prochaine Assem­blée con­sti­tu­ante soit 1) inté­grale­ment tirée au sort, 2) inté­grale­ment élue, 3) tirée au sort pour moitié et élue pour moitié, 4) con­sti­tuée de tous les citoyens volontaires ?

Mais aujour­d’hui, à l’év­i­dence, EN NOUS PRIVANT DE L’INITIATIVE (tan­tôt des can­di­dats, tan­tôt des ques­tions), LE SUFFRAGE UNIVERSEL NE NOUS PRÉSENTE QUE DE FAUX CHOIX.

Dans la con­sti­tu­ante il ne peut y avoir d’élus car ils sont élus du fait de la pos­si­bil­ité don­née par la con­sti­tu­tion elle même qui est sen­sée lim­iter leurs éventuels pou­voirs, il serait para­dox­al d’u­tilis­er les élus d’une con­sti­tu­tion jugée caduque pour en recréer une autre. Donc il est con­tre Nature de faire une con­sti­tu­ante d’élus.Cela n’empêche pas les con­sti­tu­ants d’y faire appel dans le régime mis en place s’ils croient en cette possibilité.

CorruptionTirésAuSort

LES TIRÉS AU SORT SONT ÉGALEMENT MANIPULABLES ET CORRUPTIBLES, PLUS FACILEMENT MÊME, PUISQU’ILS SONT DÉBUTANTS POLITIQUES ET DONC PLUTÔT NAÏFS 

On objecte aus­si par­fois que rien ne pro­tège les tirés au sort con­tre les manip­u­la­tions ni con­tre la cor­rup­tion ; on souligne même que des éter­nels débu­tants seront par­ti­c­ulière­ment exposés aux influ­ences des fonc­tion­naires, eux inamovi­bles. D’abord, encore une fois, c’est faire comme si les tirés au sort avaient le pou­voir alors que ce n’est pas le cas. Pour cor­rompre ou manip­uler la volon­té com­mune, c’est toute l’Assem­blée pop­u­laire qu’il faut cor­rompre et manip­uler puisque c’est elle qui con­serve le pou­voir en démoc­ra­tie. Et les procé­dures de mise en cause après-coup comme le Graphe para nomon per­me­t­tent pré­cisé­ment de punir un ora­teur adroit qui aurait réus­si à cir­con­venir l’Assem­blée et la con­duire à vot­er de mau­vaise déci­sions. Par ailleurs, pour ce qui con­cerne les tirés au sort, il n’est pas vrai qu’il est aus­si sim­ple de cor­rompre un ama­teur qu’un pro­fes­sion­nel : la cor­rup­tion et la manip­u­la­tion pren­nent du temps. Et en atten­dant, il suf­fit d’un incor­rupt­ible dans une assem­blée pour son­ner le toc­sin et alert­er tous les citoyens des intrigues éventuelles. Enfin, même impar­fait, le tirage au sort reste meilleur pour l’in­térêt général que l’élec­tion sur bien des aspects. Le fait que le tirage au sort soit (évidem­ment) impar­fait n’est pas suff­isant pour y renoncer.

Les cor­rup­teurs ne souhait­ent pas ris­quer leurs méfaits avec des gens hon­nêtes qui les dévoil­eraient, il doivent pren­dre le temps de con­naitre les inter­locu­teurs avant de savoir s’ils peu­vent agir de la sorte. Donc cela rend la cor­rup­tion plus dif­fi­cile qu’avec des élus que l’on con­nait par leurs cam­pagnes, leurs actes, leurs alliances/connaissances… Il est dif­fi­cile de cor­rompre quelqu’un dont on ne peut pas approcher sereinement.

Déception

Et si, comme à Athènes, les citoyens sont déçus de la con­sti­tu­tion après l’avoir exer­cé un cer­tain temps ? 

1) 200 ans d’évo­lu­tion dans un même sens démoc­ra­tique prou­ve qu’ils n’é­taient pas si déçus que ça.
2) Les citoyens déci­dant de tout, y com­pris de chang­er ce qui les déçoit, com­ment pour­raient-ils être déçu ?
3) Les déçus sont d’a­van­tage ceux qui veu­lent le pou­voir sur autrui (comme l’a mon­tré les coups‑d’état des oli­gar­ques) ou ceux qui ont la paresse d’ex­ercer leur souveraineté.
4) La con­sti­tu­ante peut très bien prévoir que la con­sti­tu­tion soit mod­i­fi­able par le peu­ple à tout moment.

Volonté des dieux

Les athéniens ne tiraient au sort que parce qu’ils pen­saient que cela fai­sait émerg­er la volon­té des dieux et non parce qu’il avaient des con­cep­tions sta­tis­tiques. L’or­gan­i­sa­tion poli­tique Athéni­enne n’est donc pas un mod­èle à reprendre. 

1) — Que l’o­rig­ine du tirage au sort soit inscrit dans la mytholo­gie même, que ce tirage au sort soit aus­si inscrit dans la cul­ture des athéniens ne sont pas des argu­ments val­ables pour con­tr­er la réal­ité de la démoc­ra­tie des athéniens pen­dant 200 ans. Rien ne se crée sur du vide et il me sem­ble nor­mal que les athéniens aient pen­sé utilis­er le tirage au sort déjà inscrit au sein de leur cul­ture pour d’autres domaines. En tous cas cela n’in­valide pas la per­ti­nence du tirage au sort. C’est aus­si parce qu’ils avaient déjà exer­cé le tirage au sort et réal­isé ses bien­faits qu’il l’ont util­isé pour créer la démoc­ra­tie. C’est donc une exten­sion de leur base cul­turelle appliquée à leur organ­i­sa­tion poli­tique suite à leurs expéri­ences pos­i­tives vécues en d’autres domaines:
— dans la mytholo­gie les dieux n’avaient leur fonc­tion que suite à un tirage aux dès donc au sort donc on peut sup­pos­er qu’à la base cette mytholo­gie avait déjà un sens démoc­ra­tique ; d’au­tant plus que les Dieux des grecs n’é­taient pas supérieurs aux grecs.On est biaisé dans notre approche par la notion de dieux par notre cul­ture judéo-chré­ti­enne et le monothéisme, les dieux grecs étaient des êtres dif­férents des autres mais subis­sant le même des­tin, il n’avaient donc pas de pou­voirs supérieurs …

2) — il est vrai que cet argu­ment théologique est sou­vent repris, mais avec un regard détaché de la théolo­gie sur le fonc­tion­nement con­cret du régime Athénien on se rend-compte qu’il fonc­tion­nait démoc­ra­tique­ment, au delà des éventuelles con­vic­tions religieuses. Il n’y a pas de rai­son qu’il en soit dif­férem­ment aujour­d’hui si on s’en donne les moyens.

3) — Le livre de Bernard Manin, Principes du gou­verne­ment représen­tatif, évoque une éventuelle util­i­sa­tion “religieuse” du tirage au sort chez les romains, plus que chez les grecs. Bien que cette théorie ne soit pas écarté défini­tive­ment chez ces derniers, elle reste peu probable.

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